Ô Chœur du Nord – concert juin 2026

Dix ans déjà…

En entamant la dernière portion de cette dixième saison à titre de directeur artistique et musical, je ressens une fierté qui dépasse largement le cadre professionnel. Ce texte s’adresse autant à nos choristes, qui vivent cette aventure de l’intérieur, qu’au grand public qui nous suit et nous encourage depuis tant d’années. Diriger ce chœur depuis dix ans, c’est avoir eu le privilège (est-ce que Nicole se reconnaît?) d’accompagner une véritable transformation, et c’est cette évolution qui me touche le plus profondément aujourd’hui.

Sur le plan technique, le chemin parcouru est remarquable. Là où nous travaillions autrefois sur les fondamentaux — justesse, respiration, homogénéité des voix —, nous abordons maintenant des œuvres d’une complexité que je n’aurais pas envisagée il y a une décennie. La précision rythmique, la maîtrise des nuances, la capacité à passer d’un répertoire à l’autre avec aisance : tout cela témoigne d’un travail constant, rigoureux, et surtout collectif.

Mais c’est peut-être sur le plan musical que l’évolution me rend le plus fier. Au-delà des notes justes et des entrées précises, j’entends aujourd’hui un groupe qui raconte quelque chose. Il y a une écoute mutuelle, une sensibilité partagée, une capacité à habiter une œuvre avec authenticité et émotion. Les chanteurs ne se contentent plus d’exécuter une partition : ils la font vivre, ils la rendent leur.

Il reste toujours des détails à parfaire, mais le fruit du travail est bien présent.

Notre dernier programme illustre bien cette diversité et cette maturité. Nous avons exploré le répertoire sacré avec le Magnificat de Pachelbel, le Sanctus de François Dompierre et le bouleversant Lacrymosa de Mozart, tout en plongeant dans la Renaissance avec Le chant des oiseaux de Janequin. Du côté contemporain et populaire, nous avons offert The Rose d’Ola Gjeilo, Terre Neuve de Marie-Claire Saindon, Voix du fleuve de Frédéric Weber, ainsi qu’un hommage marquant à Serge Fiori avec Un musicien parmi tant d’autres. Le public a aussi pu redécouvrir des classiques intemporels : The Phantom of the Opera, Because des Beatles, Over the Rainbow, Summertime, et de grands noms de la chanson francophone avec J’ai planté un chêne de Vigneault, Amène-toi chez nous de Jacques Michel, Ma plus belle histoire d’amour de Barbara, et la pièce envoûtante Ameno d’ERA.

Cette richesse et cette variété, portées avec autant d’aisance, témoignent de tout le chemin parcouru ensemble.

Dix saisons, c’est le temps qu’il faut pour construire une identité, une couleur sonore qui appartient en propre à un ensemble. C’est aussi le temps qu’il faut pour tisser des liens de confiance entre chanteurs et direction, des liens qui permettent de prendre des risques artistiques, d’oser, d’explorer. De plus, j’ai profité de l’occasion pour jouer d’un instrument en public pour la première fois depuis que j’ai mis la trompette de côté il y a 17 ans en jouant l’introduction de Because au piano.

Je suis profondément fier de ce que ce groupe est devenu, et encore plus enthousiaste face à ce qui nous attend. Dire qu’à mon arrivée, le chœur était formé de 38 choristes et qu’il en compte maintenant 75! C’est impressionnant. Cette dixième saison n’est pas une fin en soi, mais une étape — un jalon qui confirme que nous sommes sur la bonne voie, et qu’il reste encore tant de musique à découvrir ensemble.

 

Ô Chœur du Nord – prise de son – Théâtre Le Patriote – 14 juin 2026 – crédit photo Suzanne Martin

Louis Babin au piano
Louis Babin au piano – Théâtre Le Patriote – 14 juin 2026 – crédit photo Suzanne Martin